Quand la douleur s’installe, il n’y a plus de place pour le jeu. Le corps devient un terrain mouvant, incertain.

Chaque sensation, chaque geste questionne. L’énergie se mobilise pour faire face, tenir, s’adapter. Parfois, elle nous surprend agréablement, le temps d’un instant. Puis s’échappe à nouveau. La vie est une slackline avec un équilibre très fragile. On tente, on chute, on se stabilise, on rechute.

Crédit photo : Lauren Boswell

Alors… jouer ? Comme si c’était simple. Encore faut-il traverser la journée. Puis celle de demain.

Et pourtant j’aime ce mot. Pour ce qu’il bouscule en nous. Cette dissonance. 

D’un côté, la pesanteur de la douleur. De l’autre, la légèreté du jeu. Et si le jeu nous aidait à trouver un équilibre ? Cet article propose d’ouvrir un autre espace. Un espace où l’on peut parler d’expérience, de pratique, d’opportunité, de jeu. Malgré des sensations, des pensées et des émotions profondément impactantes.

Et si quelque chose pouvait se jouer autrement ?

Non pas contre la douleur. Mais avec. Comme un terrain d’exploration. Car ici, j’entends le jeu comme une manière de jouer avec son propre système.

Alors, bien des noms peuvent désigner ce dont je parle.

On le retrouve en thérapie cognitive et comportementale, en mindfulness… et sans doute ailleurs. Comme si, derrière des langages différents, une même intuition cherchait à émerger.

Si jouer signifiait, observer autrement. Comme un scientifique un peu curieux. 

Jouer, ce n’est pas gagner contre la douleur. C’est apprendre à lui passer la balle. C’est découvrir qu’il existe encore des possibilités, même infimes.

Le terrain des possibles

Le jeu commence donc là : dans de petites expériences sans enjeu de réussite.
Juste pour observer. 

Si aujourd’hui le terrain vous semble trop instable, rien ne presse. On ne traverse pas une tempête en sautant sur une slackline. Certains jours, le plus grand acte d’exploration consiste à ralentir un peu.

Et si aujourd’hui la douleur laisse un peu d’espace… alors peut-être est-ce le moment de tester quelques pas de côté.

Expérience n°1 : le laboratoire des mots

Remplacer, pendant l’espace d’une semaine, le mot « douleur » par des mots comme « sensation », « inconfort »… ou toute autre façon de la nommer. Non pour nier ce qui est vécu, mais pour observer ce que ce changement de langage produit intérieurement.

Et pourquoi ne pas convier un proche dans l’expérience ? Le cerveau est sensible aux mots, mais aussi aux relations et au contexte dans lequel ils sont entendus. 

Expérience n°2 : l’observateur curieux

Choisissez, pendant une minute, un moment où la sensation est présente mais supportable. Puis remplacez, autant que possible, le réflexe de surveillance par une attitude d’exploration.

À quoi ressemble précisément cette sensation ? Est-elle chaude, froide, diffuse, localisée ? Bouge-t-elle ? Change-t-elle selon la manière dont on entre en relation avec elle : avec la curiosité d’un explorateur, ou avec la tension de la lutte ?

Il ne s’agit pas de faire disparaître quoi que ce soit, seulement d’observer avec une curiosité détachée.

Parfois, rien ne change, et c’est déjà une information : vous apprenez à observer sans chercher à réagir immédiatement.

Parfois, la sensation évolue un peu, et c’est une information tout aussi précieuse : vous découvrez que l’expérience n’est peut-être pas aussi figée qu’elle en avait l’air.

Dans les deux cas, quelque chose se transforme, y compris, très concrètement, dans la manière dont votre cerveau se connecte à cette expérience.

Expérience n°3 : le 1 %

Chercher ce qui rend la sensation 1 % plus supportable.

Pas 50 %. Pas sa disparition. Le chiffre est dérisoire volontairement : il n’y a rien à réussir, rien à mesurer.

Juste un détail : changer de position, ouvrir une fenêtre, poser une main sur soi, écouter un son, regarder un arbre, respirer plus lentement.

Il ne s’agit pas de résoudre, mais de retrouver une marge de manœuvre : la sensation qu’un ajustement, même minime, reste toujours possible.